I / Briefing
« Un jour quelconque, dans un lieu quelconque
Maman : Phase terminale d'un état avancé de décomposition.
Les Hommes : En mode auto-destruction.
Dieu : Remplacé par la télé.
Nous : En proie à un sentiment de culpabilité proche de l'activité neuronale d'une huître morte.
... après tout, si les hommes bouffent la planète et s'entretuent, c'est ni Sa faute ni la notre. Des milliers d'années qu'on s'occupe de leur gueule, des milliers d'années qu'ils n'en ont rien à foutre. Puis c'est pas tout, mais j'ai un rapport à taper moi...
Nath', 38-Sigma7 »
Voilà, lui c'est Nathanael. Imagine ne serait-ce qu'une fraction de seconde un collégien un scalpel à la main, aussi blasé que moi devant le journal de 20heures, sur le point de déchiqueter suivant les pointillés les membres raidis d'un rat mort pendant un cours de biologie.
Il est l'ado boutonneux.
Tu es le rat.
Mais comprend-le, son job à lui c'est d'étudier le comportement d'un groupe de parasites en milieu fertile et de voir comment, à partir d'un paradis de verdure et de deux ou trois neurones mal placés, il en fait un fruit rongé par les vers, recouvert d'une écorce grise et poussiéreuse. Au début c'était marrant de les voir avec leurs petites épées et leurs petits bateaux se taper dessus comme des enfants. Il fallait en faire des kilomètre à dos de chameau pour aller botter le train de son voisin. Mais aujourd'hui rien n'est plus pareil. On se tue à distance. Il vous faut juste le câble et la télécommande.
Mais même ceux qui sont restés passionnés ont perdu de leur art de vivre. On appuie sur le bouton rouge et 20 minutes plus tard, c'est soirée barbecue à Hiroshima. Plus de rage dans leurs gestes, plus de haine, plus de passion, juste... en fait, presque autant d'émotion que devant le désarmant spectacle de l'agonie lente et douloureuse d'un scarabée braisé au soleil de midi.
Nath', ça l'amusait autant que moi. Au début. Aujourd'hui, le génocide d'un peuple entier ça nous fait presque autant rire qu'un épisode bâclé de série B. L'apothéose d'une soirée télé, c'est un crime contre l'humanité. Et avec tout ça, on ne trouve pas même une seconde pour se dire :
" Merde, c'qu'on fait là, c'est immoral !"
Simplement, ça fait des années qu'on n'a plus vraiment le droit d'intervenir. C'est un peu comme si des horticulteur n'avaient plus le droit d'investir une serre où les plantations ont envahi la totalité de l'espace et dont les fleurs rejettent un gaz toxique. Il nous a demandé de laisser tomber l'affaire. Pour se déresponsabiliser, on continue à les surveiller et on arrondit les angles, en attendant que la nature fasse son bout de chemin, et les fasse disparaître. Mais tout ça n'est plus qu'une perte de temps. Plus personne là haut ne donne très cher de leur peau. Le seul intérêt aujourd'hui, de passer tant de temps à scruter la surface, c'est de prendre part des aspects positifs et négatifs de cette expérience qu'est l'humanité.
Et surtout, ne jamais refaire les même erreurs.
Et puis y'a... moi.
Malgré tout ce que tu viens de lire, moi, j'aurai aimé être...
Toi.
Voilà, les premières lignes de mon nouveau projet... à suivre.




